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« Solutions locales pour désordre global »

Comme je l’évoquais à la fin de mon précédent post, lorsqu’il s’agit d’imaginer le fonctionnement concret de la démocratie, ceux qui découvrent le sujet ont tendance à penser que le nombre de citoyens constitue un obstacle majeur à sa réalisation. Or, cet argument s’inscrit dans le paradigme politique actuel, alors que le but de la réflexion actuelle est de changer RADICALEMENT la société et les institutions.

Cette impossibilité de penser en-dehors du cadre actuel est liée au bourrage de crâne auquel nous sommes soumis depuis notre naissance, et qui a fait naître chez nous la croyance que le système de gouvernement représentatif constitue la fin de l’histoire, le stade définitif, pour ne pas dire terminal, de l’organisation politique des hommes. Si nous voulons inventer des solutions aux problèmes économiques, sociaux, écologiques et énergétiques actuels, il est indispensable de changer en profondeur notre système de croyances.

Pour revenir à cette objection du nombre, je pense qu’il faut en premier lieu s’interroger sur la pertinence de l’échelle de gouvernance actuelle. Bien qu’ils se soient constitués au cours d’un long mouvement historique, nos Etats-nation sont des créations récentes à l’échelle de l’histoire de l’Humanité. Je pose néanmoins la question de savoir si ces agrandissements successifs sont plutôt le résultat de la volonté de mégalomanes en quête de puissance et de domination, ou plutôt le résultat de la volonté de peuples ayant cherché à s’unifier pour leur bien commun ?

Après réflexion, il ne m’apparaît pas comme une évidence que la forme actuelle des Etats-nations corresponde à une tendance naturelle des hommes à vouloir faire cité avec un nombre toujours plus important de citoyens. Au contraire, je crois ces unifications forcées pour des raisons qui ont été politiques, économiques ou religieuses, portent en elles les germes de futures séparation et d’un retour à des échelles de vie et donc de gouvernance plus petites. De nombreux exemples ces dernières années m’invitent à regarder dans cette direction : indépendance récente des pays des Balkans comme le Monténégro, le Kosovo ou la Croatie, le Sud-Soudan, mais aussi mouvements séparatistes au Pays Basque, en Catalogne ou au Mali (je pourrais multiplier les exemples).

Ainsi, je crois que les peuples aspirent plutôt à vivre en communautés restreintes, quelque centaines de milliers, quelques millions tout au plus, car les identités s’inscrivent dans le lieu, dans des aires géographiques restreintes. On se revendique d’une ville ou d’une région (je suis parisien, je suis breton), car c’est à ce niveau que les spécificités culturelles peuvent se développer et marquer le territoire, le différencier. C’est à l’échelle d’une commune ou d’une communauté de communes que l’on peut connaître les gens, les rencontrer facilement, partager des choses avec eux, en vrai. C’est pourquoi la démocratie doit être locale. Il faut donner, selon le principe de subsidiarité, le plus de pouvoir possible aux villes et faire remonter à l’échelon supérieur (communauté d’agglo) ce qui ne peut être fait à cette échelle de territoire.

Si l’on cherche des ressemblances  dans l’histoire, on observe qu’à l’époque de l’Athènes démocratique, les athéniens coexistaient très bien avec les autres cités dans lesquelles ils avaient installé la démocratie (raison pour laquelle les oligarques locaux firent appel à Sparte pour restaurer leur pouvoir durant ce que l’on appela la Guerre du Péloponnèse). Pour autant, ces nouvelles cités démocratiques ne partageaient pas de gouvernement commun.

A l’heure actuelle, l’exemple de l’Union Européenne me semble parfaitement illustrer mon propos : une union qui s’est faite à marche forcée, bien souvent sans, ou contre le consentement des peuples, avec pour but unique  de satisfaire l’appétit des multinationales et des banques (le fameux marché commun). Pour l’histoire officielle, celle que l’on nous vend à la télé et dans les livres d’histoire, la création européenne a permis surtout de faire disparaître les conflits armés au sein de nos frontières. Mais ce n’est qu’une illusion qui  masque que nous vivons une ère de guerre économique, dans des états de plus en plus sécuritaires (tentatives de limitation du net, fichage adn, passeport biométrique, télésurveillance) et que surtout, les conflits ont été délocalisés à la périphérie. On ne peut aujourd’hui qu’assister aux désastres.

Si nous voulons inverser la tendance, il ne faut plus déléguer notre pouvoir à des hommes de partis qui ne cessent de prendre des décisions à l’encontre de l’intérêt des peuples, mais nous devons reprendre le pouvoir en expérimentant localement de nouvelles formes de gouvernement, en écrivant nous même notre contrat social !

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